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Nanotechnologies : usages et questionnements sur les impacts sur la santé & l’environnement

Nanotechnologies : usages et questionnements sur les impacts sur la santé & l’environnement Nanoparticules, nanomatériaux, nanotechnologies ... autant de termes qui restent obscurs pour le grand public, alors qu'ils sont au cœur de nombreuses applications du quotidien et/ou industrielles. Dans le cadre de son travail en santé environnementale, Wecf France est partenaire du projet de recherche européen NANORIGO (Gouvernance des Risques des Nanotechnologies). Tour d'horizon des usages de ces technologies innovantes, qui ne vont pas sans soulever des inquiétudes légitimes en matière d'impacts potentiels sur la santé ou l'environnement.

Nanomatériau (définition proposée par la Commission européenne en 2011) : matériau formé accidentellement ou manufacturé contenant des particules libres, sous forme d’agrégat ou d’agglomérat, dont au moins 50% dans la répartition numérique par taille, présentent une ou plusieurs dimensions externes se situant entre 1 et 100 nanomètres. Cependant lorsque cela se justifie pour des raisons de protection de l’environnement, santé publique, sécurité ou compétitivité, le seuil de 50% fixé pour la répartition numérique par taille peut être remplacé par un seuil compris entre 1 et 50%.

Nanotechnologies : (presque) partout

Propriétés “miraculeuses” et innovations en tout genre

La forme nanoparticulaire ouvre la perspective à des propriétés inespérées et nouvelles, qui enthousiasment monde de la recherche, scientifiques, industriels, etc. Cette taille “nano” conduit par exemple à renforcer la solidité des matériaux, alléger les structures, des propriétés anti-UV, de photocatalyseur, abrasives, antibactériennes, de conduction électronique, épaississantes, antisalissures, colorations et pigmentations diverses, transparence, etc.

Usages multiples

  • Médical, biomédical, pharmaceutique : nano-caméras, nanorobots, vectorisation de médicaments, enrobage de poudres pour comprimés, etc.
  • Cosmétiques, soins du corps : dentifrices, crèmes, maquillage etc.
  • Transports, espace : peintures, pots catalytiques, systèmes, électroniques, etc.
  • BTP et construction : ciments et bétons, revêtements autonettoyants, peintures dépolluantes, etc.
  • Agriculture : engrais et pesticides, optimisation des cultures, etc.
  • Alimentation : emballages, additifs alimentaires, etc.
  • Electronique, informatique : micropuces, inhibiteurs de corrosion, stockage de l’information, etc.
  • Textiles : vêtements autonettoyants, anti-odeurs, sprays hydrophobes, etc.
  • Environnement, énergie : élimination des polluants, production d’énergie solaire, modélisation climatique, etc.
  • Loisirs, sport: raquettes de tennis, clubs de golf, textiles sportifs, etc.
  • Défense nationale : exosquelettes, armures intelligentes, nanorobots, etc.

Règlementation disparate selon les secteurs

Les règlementations varient en fonction des secteurs, alors que la définition d’un “nanomatériau” est en cours de révision :

  • Cosmétiques : le règlement cosmétiques rend obligatoire le suffixe [nano] après chaque ingrédient cosmétique utilisé sous une forme nanoparticulaire. Plusieurs ingrédients nanoparticulaires sont autorisés (filtres UV notamment) avec parfois des restrictions, par exemple dans les produits pouvant conduire à une exposition par inhalation. de nombreuses inconnues existent sur les nanoparticules utilisées en cosmétique. Les données de la DGCCRF et de l’ANSM montrent que l’obligation d’étiquetage n’est pas toujours respectée. Il est demandé aux fabricants de faire des efforts pour caractériser, déclarer les nanoparticules et informer le consommateur.
  • Alimentation : Le terme [nano] doit également apparaître sur l’emballage pour tout ingrédient nanoparticulaire.
  • Biocides : là encore, le suffixe [nano] doit être indiqué, mais également les risques éventuels liés à l’usage d’un composés nanoparticulaire. Le nanoargent par exemple, utilisé comme antibactérien, fait l’objet d’inquiétudes. Chaque ingrédient nanoparticulaire utilisé comme “substance active” dans les biocides doit être explicitement autorisée par le règlement.
  • REACH : depuis janvier 2021, il est obligatoire d’inclure dans les fiches de données de sécurité fournies lors de l’enregistrement de substances nanométriques certaines informations spécifiques.
  • En France, le registre RNano : ce registre regroupe les déclarations en matières de nanoparticules produites, distribuées ou importées dans l’année en cours en France, ainsi que ses usages. Seule une partie des informations est rendue publique.

Quels risques pour la santé & l’environnement ?

Risques globalement mal connus

A l’image de nombreuses autres technologies, le développement industriel et la mise sur le marché précède de beaucoup les évaluations des risques potentiellement liés aux nombreux usages. En matière de nanoparticules, cela est encore plus vrai, puisqu’il est nécessaire de mettre au point de nouvelles méthodes de métrologie (mesure) pour identifier et rechercher la présence de nanoparticules, et/ou examiner leur toxicité éventuelle. C’est le cas par exemple de la substance MBBT (Methylene Bis-benzotriazolyl tetramethylbytylphenol) nanoparticulaire que les laboratoires de la DGCCRF étaient encore incapables de détecter en juillet 2020 lors de la parution de l’enquête “Produits solaires pour enfants” de Wecf France/Agir pour l’environnement.

Dangers liés aux propriétés “nano”, déjà identifiés pour de rares composés

Dioxyde de titane (E171 en alimentation) : De loin la substance nanoparticulaire faisant l’objet de la littérature scientifique la plus abondante. La France a suspendu l’usage de l’additif alimentaire E171 depuis janvier 2020 et le sera prochainement en Suisse. Le dioxyde de titane est classé cancérogène possible par inhalation et jugé non sûr dans l’alimentation par l’EFSA (2021). Il est soupçonné d’effets génotoxiques, de causer un stress oxydatif cellulaire, de pénétration cutanée sur peau lésée. Il peut traverser la barrière placentaire et atteindre l’environnement fœtal.

  • Risques liés à l’inhalation : le rapprochement a été fait entre nanoparticules et particules atmosphériques ultrafines mises en cause dans les maladies cardiorespiratoires, ou même l’amiante. Ces particules peuvent avoir des effets systémiques sur le coeur, le foie, le cerveau, le placenta. Des inquiétudes légitimes existent sur les nanoparticules de carbone, de silice, de dioxyde de titane, de zinc, etc., et la littérature scientifique s’enrichit régulièrement. Plusieurs ingrédients cosmétiques [nano] sont interdits dans des applications pouvant mener à une exposition par inhalation : dioxyde de titane, oxyde de zinc notamment.
  • Expositions professionnelles : les expositions en milieu professionnel sont celles qui sont à considérer en premier, de par leur fréquence, durée et concentration. Des normes de protection existent pour éviter les risques, mais les données manquent.
  • Devenir des nanoparticules dans l’environnement : cette dimension inquiète à juste titre, tout comme la problématique des “nanoplastiques” associée à celle des “microplastiques”. Les propriétés uniques des nanoparticules, leur transformation dans les milieux naturels, laissent de nombreux questionnements ouverts.
  • Risques pour la santé reproductive des femmes, la santé fœtale, le neurodéveloppement, etc. : ces risques sont encore mal connus, comme le montre une étude publiée en 2020, mais des inquiétudes existent, sur la base des données existantes.

Sources :

Nanotechnologies, – nanoparticules: quels dangers, quels risques? Rapport, Comité de la Prévention et de la Précaution, 3 février 2020, https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/CPP%20-%20Nanotechnologie%20Nanoparticules.pdf

Veilles thématiques nanomatériaux, Ineris, https://www.ineris.fr/fr/recherche-appui/focus/nanomateriaux/bulletin-veille-thematique-nanomateriaux

DGGCCRF/ANSM, note d’information sur la définition des nanoparticules en cosmétique, juillet 2021, https://ansm.sante.fr/actualites/la-dgccrf-et-lansm-publient-une-note-dinformation-relative-a-la-definition-des-nanomateriaux-dans-les-cosmetiques

Produits solaires pour enfants : encore trop de substances préoccupantes, Wecf France/Agir pour l’environnement, juillet 2020, https://wecf-france.org/wp-content/uploads/2020/07/WECF_Produits-Solaires_40p-HD.pdf