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Femmes et Politiques Climat Internationales

Renforcer l’Égalité de Genre pour l’Ambition Internationale et Nationale : REGAIN

Ainsi avec le projet « Renforcer l’Égalité de Genre pour l’Ambition Internationale et Nationale (REGAIN) des politiques climat », débuté en février 2022 pour une période de 3 ans, Wecf France et ses partenaires locales Cameroon Gender and Environment Watch (CAMGEW), la Coalition des Femmes Leaders pour l’Environnement et le Développement Durable (CFLEDD) et ENDA Colombia ont pour objectif de mettre en œuvre un programme de renforcement de capacités visant à structurer, valoriser et déployer des solutions d’atténuation et d’adaptation inclusives, afin qu’elles contribuent à améliorer les politiques de leurs pays et à dynamiser l’ambition climatique globale.

Lutte contre la déforestation par la promotion de l’agroforesterie et l’apiculture au Cameroun

Au Cameroun, la forêt tropicale couvre 22,5 millions d’hectares (40% du territoire national) et représente une partie vitale de l’écosystème du bassin du Congo. Néanmoins, la pression sur la forêt est constante, avec l’augmentation de l’agriculture itinérante, du nombre de concessions octroyées pour l’exploitation forestière et minière, et le développement des agro-industries et de grandes infrastructures. En outre les conflits armés dans le Nord causés avec les attaques de Boko Haram et opposant d’autre part les provinces anglophones du nord-ouest et sud-ouest aux régions francophones affectent l’économie du pays et freinent la mise en place d’une gouvernance forestière participative qui permettrait d’accélérer l’action climatique. Ces conflits contribuent également à une inquiétante augmentation des violences à l’égard des femmes dans une société qui demeure très patriarcale.

Pour prévenir ces violences et renforcer la place des femmes rurales et autochtones dans l’économie locale et la gouvernance forestière, notre partenaire CAMGEW agit depuis de nombreuses années, avec des réussites majeures.

L’intervention de CAMGEW, par l’éducation environnementale des populations et le développement de l’apiculture, a permis de stopper totalement les feux dans les zones couvertes. CAMGEW a formé 50 000 femmes de diverses ethnies à la reforestation et l’agroécologie, et a contribué à renforcer leur résilience par la création de 100 micro-entreprises et 5 coopératives qui produisent et commercialisent des produits apicoles diversifiés: cire d’abeille et bougies, miel et sirop de miel, savons. L’apiculture étant traditionnellement considérée comme une activité masculine, CAMGEW s’est engagée dans la formation et la capacitation des femmes, en s’assurant qu’elles maîtrisent la chaîne de valeur.

Dans le cadre du projet REGAIN, CAMGEW va structurer les filières apicole et agroforestière, et renforcer les synergies afin de pérenniser le modèle et étendre ses activités dans les zones de l’Ouest et de l’Adamaoua.

Accès aux droits fonciers des femmes congolaises

En République Démocratique du Congo, la déforestation et la dégradation des forêts sont responsables d’environ 17% des émissions de GES mondiales et contribuent fortement à l’érosion de la biodiversité. Or les forêts du bassin du Congo, dont celles de la RDC, qui couvrent 65% du territoire national, sont parmi les dernières réserves de forêts tropicales primaires et de biodiversité au monde, et jouent un rôle crucial dans l’atténuation climatique globale.

L’exploitation des terres est souvent laissée aux femmes, les hommes se consacrant à des activités plus lucratives comme l’exploitation minière. Elles représentent ainsi 70,7% de la main d’œuvre agricole du pays, avec des activités très diverses, qui leur confèrent une grande expérience et un savoir-faire dans le domaine agricole et forestier. Pourtant, elles sont plus vulnérables aux impacts du climat, car leur mobilité est restreinte, leur accès à l’éducation et aux services bancaires est limité, et elles ne sont que très rarement propriétaires des terres, en raison de traditions et de lois coutumières réservant l’héritage foncier aux hommes. Or, l’accès des femmes à la propriété foncière et forestière a été identifié comme une condition clé pour une gestion durable des ressources naturelles et notamment pour lutter contre la déforestation.

Depuis 2016, la CFLEDD mobilise les femmes de différentes ethnies pour renforcer leurs droits à la terre en modifiant la loi à tous les échelons: local-droit coutumier, provincial, et national.

La CFLEDD répliquera sur 8 provinces cibles les activités de formation, de sensibilisation des populations et de plaidoyer politique, qui ont abouti à l’adoption d’un édit foncier dans l’ancienne province de l’Equateur, ainsi que les dialogues multi-acteurs impliquant élus locaux et chefs coutumiers, et des exercices de cartographie menant à l’obtention de titres de propriété pour les femmes.

Gestion durable des déchets par les recycleuses à Bogota

En Colombie, malgré un cadre législatif garantissant l’égalité entre hommes et femmes, ces dernières ne peuvent pas toujours exercer leurs droits et ne jouissent pas des mêmes avantages économiques que les hommes : elles sont cantonnées à certaines professions et à certains secteurs économiques les moins bien rémunérés et les plus précaires. Les violences sexuelles et domestiques à l’encontre des femmes restent élevées en Colombie, exacerbées par les conflits armés, la guerre civile et la crise de Covid-19. Ces discriminations et violences touchent particulièrement les recycleuses, qui ont souvent perdu leurs moyens de subsistance pendant la pandémie, alors qu’elles pourraient contribuer activement à accélérer l’action climatique de leur pays en dynamisant le recyclage des déchets et le secteur de l’économie circulaire.

La politique publique en matière de déchets, bien qu’ayant évolué d’une approche sanitaire à une approche environnementale, n’a résolu ni la question du tri et de la collecte des déchets (à Bogota 6 300 des 7 300 tonnes de déchets générés quotidiennement sont actuellement enfouis dans une décharge), ni celle de la reconnaissance et de la rémunération juste des recycleurs.ses. Or, les femmes jouent un rôle crucial dans la collecte, le tri et la valorisation des déchets et sont majoritaires parmi les coopératives et associations formalisées. Issues le plus souvent de populations paysannes pauvres ayant migré vers la ville, la plupart des ramasseur.ses de déchets sont maintenu.es dans des situations de marginalisation et d’exploitation par les acteurs les plus puissants de la chaîne du recyclage, avec une rémunération au poids de déchets ramassés et triés, sans contrat de travail pérenne ni sécurité sociale, et peu de respect de règles d’hygiène ou de sécurité.

Enda Colombia, accompagne les recycleur.se.s de Suba depuis 2012, pour leurs besoins de base (eau, nutrition, éducation), mais aussi plus stratégiques (reconnaissance, inclusion, participation à la vie publique et citoyenne), en contribuant à la création de comités de quartier, ou en structurant le plaidoyer collectif, avec, par exemple la construction de l’Agenda des femmes pour la ville avec le réseau “femmes et habitat pour une ville inclusive” et à la formation de réseaux.

Dans le cadre du projet, Enda Colombia va former les femmes à la gestion de coopératives de collecte, tri et recyclage des déchets, et les accompagnera vers une meilleure connaissance de leurs droitsreconnaissance de leur expertise et autonomisation.

Renforcement et structuration des organisations féministes pour une meilleure intégration du genre dans les politiques climat

En parallèle aux activités menées sur le terrain par les trois organisations partenaires, Wecf France renforcera leurs capacités et compétences sur plusieurs plans (financier, organisationnel, politique). Les trois organisations seront accompagnées pour étendre leur plaidoyer à l’échelle nationale et faire reconnaitre leur contribution dans les feuilles de routes climatiques de leurs pays respectifs, notamment dans le cadre des Contributions Nationales Déterminées (CDNs).

Ce travail sera capitalisé et mutualisé avec les autres OSC lauréates du prix Solutions Genre et Climat à travers des ateliers et des échanges organisés régulièrement et durant les sommets internationaux onusiens. Enfin, un travail de valorisation et d’intégration des actions conduites dans les politiques climatiques internationale sera réalisé, afin de contribuer à transformer sur le long terme l’action climatique nationale et globale, en la rendant plus juste, plus inclusive et plus ambitieuse.

Grâce au programme REGAIN, en 2024, trois pays auront reconnu des activités initiées par des ONG féministes de terrain pour mieux intégrer l’égalité entre les sexes dans leur feuille de route climatique. A l’horizon 2030 l’action climatique globale sera ainsi plus juste et plus ambitieuse.