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Pesticides et (mauvaise) santé : l’Inserm publie de nouvelles données

Pesticides et (mauvaise) santé : l’Inserm publie de nouvelles données L'Inserm a rendue publique le 30 juin son expertise collective "Pesticides et effets sur la santé : nouvelles données". La dernière datait de 2013. Les travaux de l'Inserm, menés depuis 2018, portent sur les liens entre une vingtaine de maladies et les pesticides, et 3 autres types de pesticides/familles de pesticides : glyphosate (la substance active du célèbre RoundUp), chlordécone (pesticide organochloré utilisé dans les Antilles), et les fongicides "SDHI" qui inhibent un certain type d'enzyme. Sans surprise, l'Inserm met en lumière le rôle de l'exposition à divers pesticides dans un grand nombre de pathologies graves dont cancers, maladies neurodégénératives, etc.

Cadre et méthodologie de l’étude

  • Le groupe de recherche pluridisciplinaire a analysé plus de 5300 documents issus de la littérature scientifique internationale;
  • Les pathologies concernées : développement neuropsychologique et moteur de l’enfant, troubles cognitifs et anxiodépressifs chez l’adulte, maladies neurodégénératives, cancers de l’enfant et de l’adulte, santé respiratoire, pathologies de la thyroïde, endométriose.
  • Suite à l’examen de données épidémiologiques, les liens entre exposition d’une population et survenue d’une maladie ont été classés en 3 catégories: forte, moyenne ou faible présomption. Un croisement avec des données toxicologiques a été fait, pour affiner le résultat.

Quels pesticides reliés à quelles maladies?

Les expositions professionnelles en cause dans diverses pathologies

Sans surprise, ce sont les expositions professionnelles qui sont citées les premières. Pour les riverains de zones agricoles, la présomption de lien entre pesticides et troubles cognitifs est par exemple moyenne. 6 pathologies seraient fortement liées aux pesticides:

Une présomption de lien moyenne existe pour d’autres maladies, toujours en cas d’expositions professionnelles :

  • Maladie d’Alzheimer,
  • Troubles anxio-dépressifs,
  • Cancers : leucémies, cancer du système nerveux central, de la vessie, des reins, sarcomes des tissus mous,
  • Asthme,
  • Pathologies thyroïdiennes.

Quels impacts des pesticides sur des maladies de l’enfant ?

L’exposition de la mère en cours de grossesse, ou celle du futur papa, qu’elles soient professionnelles ou non, sont mises en cause dans plusieurs types de leucémies de l’enfant, et autres pathologies:

  • Leucémies aiguës,
  • Leucémie aigüe myéloïde,
  • Leucémie aigüe lymboblastique (exposition préconceptionnelle professionnelle du père),
  • Tumeurs du système nerveux central (exposition professionnelle des parents en période prénatale et pendant l’enfance),
  • Troubles du développement neuropsychologique de l’enfant (organophosphorés),
  • Troubles du comportement tels que l’anxiété (exposition aux pyréthrinoïdes en cours de grossesse)

L’Inserm se veut timide dans ses recommandations, et encourage les autorités à mieux prendre en compte “les enjeux” entre pesticides et certaines maladies.

Chlordécone, glyphosate, SDHI : le trio infernal

  • Pour la chlordécone, utilisée entre 1973 et 1993 (voire après cette interdiction) aux Antilles, le lien entre exposition à la chlordécone – l’ensemble de la population étant contaminée à travers ses denrées alimentaires locales – et cancer de la prostate est vraisemblable.
  • Le glyphosate, l’herbicide tristement célèbre qu’on ne présente plus, est mis en cause dans les lymphomes non hodgkiniens et des leucémies – de manière moins évidente.
  • Les SDHI , des fongicides à large spectre qui inhibent la respiration cellulaire chez les espèces “nuisibles”, ne font pas l’objet de données nombreuses. Ils sont soupçonnés d’être des perturbateurs endocriniens et cancérogènes.

Devant de telles conclusions, en 2021, et alors que le 4ème Plan National Santé Environnement a débuté, l’incompréhension ne cesse de croître face à l’usage continu de molécules dont les ravages sur la santé des générations présentes et futures ne sont plus à prouver: les sols, les aliments sont contaminés pour des années, et les données scientifiques même alarmantes ne semblent pas de taille à faire opérer un tournant radical pour protéger la santé par une agriculture et une alimentation saine. Ceci alors que la population française plébiscite les produits bio et/ou cultivés sans pesticides.

En savoir plus : Publication de l’expertise collective pesticides et effets sur la santé, nouvelle données, Inserm, 30 juin 2021, https://presse.inserm.fr/publication-de-lexpertise-collective-inserm-pesticides-et-effets-sur-la-sante-nouvelles-donnees/43303/