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wifi Ondes - champs électromagnétiques face Santé de l'enfant Santé-environnement

Effets graves des radiofréquences sur la santé : plus de 10 ans de données !

L'Anses a publié le 21 octobre un rapport sur les effets des DAS (débit d'absorption spécifique) trop élevés des téléphones mobiles sur la santé, demandant aux opérateurs et aux autorités d'agir pour mieux protéger la santé, et également aux utilisateurs de respecter les préconisations indiquées par les fabricants. Au-delà du seul niveau de DAS, il existe en réalité de nombreuses données sur les effets des radiofréquences sur la santé, et ceci depuis plus d'une décennie. Des données suffisamment robustes sur le plan scientifique pour rendre nécessaires de profondes modifications au niveau de la réglementation et des usages, alors que nous sommes globalement devenus dépendants et accros à cette technologie.

2008 : l’Appel des 20 contre le portable

En 2008 est lancé l’ “Appel international des 20 contre le portable”, à l’initiative du Dr David Servan-Schreiber. Les 19 scientifiques signataires (Pr Henri Pujol, président de la Ligue contre le cancer, Dre Annie J. Sasco, épidémiologiste du cancer ayant travaillé pour l’OMS, Pr Devra Davis, Dr Jean-Loup-Mouysset qui mettra au point le centre “Ressource” , etc.) listent 10 conseils à tenir, notamment pour protéger la santé des plus jeunes face aux ondes des téléphones mobiles. Il y est notamment question de la particulière fragilité du cerveau des plus jeunes, et de la nécessité de ne pas autoriser les enfants de moins de 12 ans à utiliser un portable, sauf en cas d’urgence.

2010 : l’étude Interphone cible les tumeurs cérébrales

En 2010, les résultats de l’étude Interphone sont publiés. Cette étude porte sur 13 pays à travers le monde, et examine 4 types de tumeurs dans les tissus qui absorbent le plus l’énergie des radiofréquences émise par les téléphones portables: tumeurs du cerveau (gliomes et méningiomes), du nerf acoustique (schwannome) et de la glande parotide. Elle ne couvre pas l’usage du téléphone portable chez les jeunes.

Le communiqué publié par le CIRC (Centre International de recherche sur le Cancer), organisme rattaché à l’OMS, “suggère un risque accru de gliomes, et dans une bien moindre mesure de méningiomeschez les “plus gros utilisateurs” (personnes ayant téléphoné 1/2 heure par jour pendant 10 ans, soit 1640 h sur une vie), et “ayant déclaré une utilisation habituelle du téléphone du même côté de la tête que celui de leur tumeur et, pour les gliomes, des tumeurs dans le lobe temporal”. Les conclusions se veulent prudentes, notant que les usages ont fortement évolué, les temps d’appels étant largement plus élevés en moyenne aujourd’hui, mais avec une diminution des émissions due à l’évolution des technologies, et une exposition éloignant le téléphone de la tête( kits mains libres, textos). Une étude est annoncée concernant l’exposition des enfants aux portables (Mobi-Kids).

2011: l’OMS classe les CEM de radiofréquence “peut-être cancérogènes pour l’Homme”

En 2011, le CIRC (Centre International de Recherche sur le Cancer) classe les champs électromagnétiques (CEM) de radiofréquences “peut-être cancérogènes pour l’Homme” (groupe 2B). Les monographies du CIRC sont une référence en matière de classement des cancérogènes: ce classement est réalisé par 31 chercheurs et chercheuses issu.e.s de 14 pays.

Le rapport estime qu’il pourrait y avoir un risque accru de 40% de gliome (tumeur maligne du cerveau) chez les “gros utilisateurs” de téléphone portable (moyenne rapportée : 30 minutes par jour sur une période de 10 ans). Les chercheurs estiment qu’il faut “surveiller de près le lien possible entre téléphones portables et le risque de cancer”.

2012: silence coupable autour du rapport Bioinitiative

En 2012, le rapport Bioinitiative examine 1800 études, et conclut à l’existence de divers effets néfastes des radiofréquences:

  • Données consistantes sur l’augmentation de risque de gliome et de neurinome acoustique liée à l’usage de téléphone mobile et de téléphone sans fil;
  • Effets sur la fertilité et la reproduction, y compris sur la qualité du sperme, et l’ADN, notamment pour des hommes portant un téléphone portable à la ceinture ou dans une poche. La connexion WIFI d’ordinateurs portables est également mise en cause. Une douzaine de nouvelles études sont mentionnées à ce sujet;
  • La vulnérabilité des enfants, en particulier lors de la période in utero est rappelée, notamment à travers une déclaration de l’Académie Américaine de Pédiatrie de décembre 2012 précisant que “La différence de densité osseuse et la quantité de fluide dans le cerveau d’un enfant comparé à celui d’un adulte pourrait permettre aux enfants d’absorber de plus grandes quantités d’énergie issue des radiofréquences, plus profondément dans le cerveau, que les adultes”. Les auteurs estiment que les radiofréquences sont mis en cause dans des cas de leucémie chez l’enfant.
  • Des liens entre exposition in utero aux radiofréquences et effets sur les fonctions cognitives et neurophysiologiques, ainsi que des troubles du comportement sont évoqués, ainsi qu’un rôle potentiel dans l’autisme;
  • Les atteintes causées à la barrière hémato-encéphalique par les radiofréquences émises par les téléphones inquiètent les auteurs;
  • Le rôle de champs magnétiques basse fréquence dans la maladie d’Alzheimer est évoqué, ainsi que les effets des champs magnétiques à forte puissance sur le cancer du sein sont évoqués.

2014 : Cerenat, nouvelle étude sur téléphone portable et tumeurs cérébrales

En 2014, l’étude Cerenat publiée par une équipe de recherche de l’Inserm (Bordeaux) conclut à “une association positive entre forte utilisation du téléphone mobile et tumeur cérébrale“. L’une des auteures explique alors: “Nous montrons que l’utilisation massive du téléphone portable, supérieure ou égale à 896 h d’appels dans une vie serait associée au développement de tumeurs cérébrales. Chez ces personnes, le risque d’avoir une association positive entre l’utilisation du téléphone et le développement de tumeurs cérébrales est augmentée pour celles qui téléphonent plus de 15 h par mois.

Mobi-Kids : l’étude dont les résultats ne seront pas publiés?

L’étude Mobi-Kids dont les résultats se font toujours attendre, est internationale, et concerne le potentiel de tumeur cérébrale chez l’enfant et l’adolescent exposé aux champs électromagnétiques issus des téléphones mobiles et d’autres sources. Elle concerne 13 pays, et 2000 jeunes âgés de 10 à 24 ans souffrant de tumeurs cérébrales et près de 4000 personnes en bonne santé. Les résultats annoncés pour 2015/2016 n’ont toujours pas été publiés à ce jour.

2016: l’Anses demande un usage modéré du téléphone portable et du sans fil pour les enfants

En 2016, l’Anses publie un rapport sur l’exposition des enfants aux radiofréquences, et estime que l’usage intensif et inadéquat du téléphone mobile par des jeunes affecte leur santé mentale (comportements à risque, dépression, idées suicidaires, etc.). Elle note également que les enfants sont exposés de plus en plus jeunes aux radiofréquences. Elle conclut qu’il faut limiter l’usage nocturne du portable chez l’enfant, ainsi que limiter la fréquence et la durée des appels.

2018 : Les données du National Toxicology Programme

En 2018, les expert.e.s du National Toxicology Programme (Etats-Unis) ont conclu à des liens entre exposition aux radiofréquences des téléphones mobiles et tumeurs du tissu nerveux au niveau du cœur et du cerveau, et de la glande surrénale. Ces données ont été peu commentées, alors qu’elles sont issues de nombreuses années de recherche, et représentent de nouvelles preuves en faveur d’une action de prévention des expositions.

COSMOS: les effets à long terme en cours d’étude

L’étude COSMOS, initiée au Royaume-Uni, ciblera 105 000 personnes (Royaume-Uni) et 300 000 participants dans d’autres pays. L’étude vise à examiner la santé des utilisateurs de téléphone mobile. Un suivi pendant 20 à 30 ans des utilisateurs sera réalisé, afin de disposer de données à long terme. Le hic: les résultats seront connus en 2040, alors que les usages auront très certainement largement évolués.

Devant cette avalanche de données, une question se pose : quand le principe de précaution sera t-il enfin appliqué?