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Cancers de l’enfant à Sainte-Pazanne : prévention et environnement

Cancers de l’enfant à Sainte-Pazanne : prévention et environnement

Ce 22 septembre, Santé Publique France, l’ARS et le préfet de la région Pays de la Loire ont communiqué sur les cancers de l’enfant pédiatriques (leucémies) signalés en surnombre dans le secteur de Sainte-Pazanne (Loire-Atlantique). Sans surprise, ils n’ont identifié “aucune cause commune” à ces maladies qui ont déjà causé le décès de plusieurs enfants. Surprenant ? Non. Les cancers de l’enfant ont comme d’autres maladies non transmissibles, des causes en partie environnementales. Or, les pollutions environnementales sont diffuses et généralisées. Seule une réduction générale des expositions à la source (milieux, objets du quotidien, etc.) pourra limiter le nombre de maladies environnementales, comme le demande WECF France depuis sa création il y a douze ans.

Petit lexique des définitions utiles

Cluster ou cas groupé

Le “cluster” en français cas groupé désigne un regroupement de cas d’une même pathologie.

Excès de cas

L’excès de cas désigne un nombre anormalement élevé de cas d’une maladie par rapport à une moyenne nationale ou territoriale donnée”. Mais comment fixer le nombre “normal” de cas d’une maladie donnée ? Et depuis quand un cancer, a fortiori chez un enfant, est-il devenu “normal”? Enfin, qu’en est-il en cas d’absence de comptage de certaines maladies, liée à des déficiences dans les moyens ou les infrastructures en place ?

Levée de doutes

Opération qui consiste à examiner différents facteurs potentiellement à l’origine d’une maladie : pollution d’un sol, qualité de l’air, prélèvements biologiques pour vérifier la contamination de populations, etc.

Registre

Un registre répertorie le nombre de nouveaux cas d’une maladie . Le registre national de cancers de l’enfant nommé “RNCE” recense les cancers de l’enfant en France métropolitaine et dans les DOM en France. Chaque année, en moyenne 1700 nouveaux cas de cancer surviennent chez les moins de 15 ans.

D’autres registres, comme ceux des malformations congénitales (voir notre communiqué sur l’ affaire des bébés nés sans bras) existent. Mais actuellement, les 6 existants (Antilles, Auvergne, Bretagne, Paris, Réunion, Rhône-Alpes) couvrent seulement 19% des naissances pour 2013-2015. Enfin, chaque année, près de 28 000 cas d’enfants seraient porteurs de ces malformations à la naissance.

Sainte-Pazanne : des leucémies de l’enfant en surnombre

Reportage de France 3 Pays de la Loire, mars 2019
  • En avril 2017, l’Agence régionale de santé (ARS) de Loire-Atlantique se voit signaler 3 cas de leucémies dont 2 aiguës touchant des enfants. S’ensuit une enquête qui identifie un excès de cas dans la zone.
  • Février 2019 : nouveau signalement à l’ARS, de 6 cas, dans la même zone, qui sollicite Santé Publique France (SPF) pour un point épidémiologique. En novembre 2019, elle conclut à un nombre de cas de cancers pédiatriques dans 7 communes supérieur à la moyenne nationale.
  • En septembre 2020, SPF conclut que sur 14 ans ( 2005-2018), le risque de cancer de l’enfant à Sainte-Pazanne est “normal” par rapport au reste du département. Plus surprenant: l’agence affirme même qu’il n’existe pas de clusters de cancer de l’enfant “significatifs et persistants” dans le département de Loire-Atlantique.

Pas de “cause commune” identifiée

Outre les données épidémiologiques, divers experts, agences, etc. ont mené des enquêtes environnementales depuis juillet 2019 dans les 7 communes concernées.

Pollutions dans l’école construite à proximité d’un ancien site industriel ? RAS

L’école Notre-Dame de Lourdes, fréquentée par plusieurs enfants atteints de cancer, est construite à proximité d’un ancien site industriel.

Dans l’air ?

En 2019, les mesures de 3 polluants amènent à une “vigilance”:

  • Le radon, gaz radioactif, naturellement présent dans l’air, issu de formations géologiques. Les communes concernées sont classées en niveau 3 (fort potentiel d’émission radon). Les mesures de radon au rez-de-chaussée d’un bâtiment et dans la partie centrale d’un autre montre des niveaux qui pourraient dépasser les 300 Bq (becquerels)/m3 de moyenne annuelle (seuil de référence).
  • Le formaldéhyde, polluant prioritaire de l’air intérieur et irritant des voies respiratoires, émis par le mobilier, les revêtements (colles, etc.). En juillet 2019, les niveaux mesurés dans plusieurs salles étaient jusqu’à 4 fois au-delà de la valeur de référence (30 microgrammes/m3). Un an plus tard, les niveaux ont largement baissé.
  • Le lindane, un pesticide utilisé en agriculture jusqu’en 1998, et aussi pour le traitement des charpentes en bois (jusqu’en 2006). L’air des salles du grenier, sous la charpente, et surtout dans les poussières de certaines classes, contiennent trop de lindane. Pour y remédier, un nouveau dispositif de ventilation, et un nettoyage des salles ont eu lieu. De nouvelles mesures sont prévues en octobre. Dans cette attente, les enfants et le personnel fréquentant les salles du 1er étage sont transférés ailleurs.

A noter : des travaux correctifs en matière d’aération, ventilation des locaux, aménagement ont eu lieu.

Et dans l’eau ?

L’ADEME a réalisé des mesures dans les eaux souterraines, tant dans l’école que sur l’ancien site industriel. Les eaux souterraines de l’ancien site Leduc contiennent des traces de pesticides. Il s’agit de dieldrine, aldrine (2 insecticides persistants et très toxiques), et de propiconazole, un pesticide perturbateur endocrinien). Par ailleurs, l’eau du robinet sur l’ancien site Leduc contient également des traces de chrome VI.

D’après les mesures effectuées, la qualité de l’eau du robinet ne poserait pas problème non plus au sein de l’école.

Champs électromagnétiques à l’école ? RAS

Les champs électromagnétiques mesurés dans une salle de l’école et dans la cour de récréation sont habituels en milieu urbain, soit proches de 0,2 ou 0,3 microteslas. Par ailleurs, l’école se trouve dans une zone exposée à un champ magnétique inférieur à 1 microtesla. C’est la limite fixée par une instruction de 2013 comme maximale pour les établissements sensibles.

Logements des familles concernées? RAS

14 logements de familles d’enfants atteints de cancer ont été expertisés.

Air intérieur

  • Pas de dépassement pour les polluants mesurés dans 11 logements, 3 dépassements faibles (benzène, formaldéhyde).
  • 1 dépassement de présence de radon au rez-de-chaussée d’une logement.
  • Globalement, les systèmes de ventilation fonctionnent mal.

Sols

  • Les jardins/potagers de 8 logements montrent des dépassements modérés par rapport à ce qui est “anormalement naturel” en matière de métaux : cuivre, sélénium, plomb, zinc, cadmium.
  • 2 logements doivent éviter le jardin potager en raison de trop fortes teneurs en plomb.

Qualité de l’eau potable et des eaux de puits

  • Seuls 2 logements ont une eau potable avec trop de plomb (non confirmé par une seconde analyse), et un problème de contamination microbiologique.
  • Les 5 puits examinés montrent une contamination bactériologique. L’arrosage de jardins ou potagers peut être maintenu, mais il faut laver fruits et légumes à l’eau potable avant la consommation.

Enfin, en matière de champs électromagnétiques (CEM), les usages devenus courants tels que Wifi à la maison, téléphonie mobile exposent les habitants à des niveaux de CEM compris dans les normes en vigueur.

En savoir plus :

Collectif Stop aux cancers de nos enfants, Page Facebook, https://www.facebook.com/stopauxcancersdenosenfants/

Santé Publique France, page dédiée, https://www.pays-de-la-loire.ars.sante.fr/investigations-sur-lexces-de-cas-de-cancers-pediatriques-sur-le-secteur-de-ste-pazanne

ARS Pays de la Loire, page dédiée, https://www.pays-de-la-loire.ars.sante.fr/investigations-sur-lexces-de-cas-de-cancers-pediatriques-sur-le-secteur-de-ste-pazanne

ARS Pays de la Loire, DREAL, Dossier sur les investigations environnementales entreprises, https://www.pays-de-la-loire.ars.sante.fr/system/files/2020-09/2020-09-22-DP%20ARS%20DREAL-Investigations%20environnementales-Cancers%20Pediatriques%20Secteur%20de%20Ste%20Pazanne.pdf