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Glyphosate: cancérogène probable pour le CIRC mais non cancérogène selon l’ECHA (agence européenne des produits chimiques)

Glyphosate: cancérogène probable pour le CIRC mais non cancérogène selon l’ECHA (agence européenne des produits chimiques)

Mauvaise surprise ce mercredi 15 mars: l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a annoncé qu’elle ne classait pas le glyphosate – notamment utilisé dans l’herbicide RoundUp – comme cancérigène. Cette décision prend le contrepied de la classification du glyphosate comme “cancérogène probable pour l’Homme” par le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) en mars 2015.

Selon l’ECHA le glyphosate n’est pas cancérogène

L’ECHA, plus précisément son comité d’évaluation des risques (RAC) estime que le glyphosate ne peut être classé CMR(cancérigène, mutagène, reprotoxique) et n’a pas de toxicité particulière pour un organe particulier, au vu des données scientifiques disponibles – dont des données scientifiques et les études fournies par l’industrie. L’Agence maintient sa classification du glyphosate comme causant des dommages importants aux yeux et toxique pour les organismes aquatiques avec des effets à long terme. Le RAC est dans ce cas chargé de classer les substances en fonction des critères du règlement européen CLP (classification, étiquetage et emballage).

Une décision qui contredit la monographie du CIRC sur le glyphosate de mars 2015

Le CIRC produit des monographies sur les substances et produits cancérigènes qui sont la référence internationale en termes de classification des produits mis en cause dans le cancer. En mars 2015, il a classé le glyphosate “cancérogène probable pour l’Homme” (groupe 2A), sur la base d’éléments montrant des données suffisantes de cancérogénicité chez l’animal, des données solides portant sur des atteintes à l’ADN et des données limitées de cancérogénicité (lymphome non-hodgkinien) chez l’être humain.

Les enjeux de la décision de l’ECHA

Le glyphosate est l’herbicide le plus utilisé au monde, il est également associé au développement des OGM , puisque de nombreux OGM sont résistants au glyphosate. Développé en 1950 pour ses propriétés pharmaceutiques, il sera finalement utilisé comme herbicide à partir de 1974 lorsque ses propriétés d’herbicide seront découvertes. L’avis de l’ECHA a pour objet d’éclairer la Commission européenne et les États membres, qui doivent décider prochainement de renouveler ou non l’autorisation du glyphosate comme substance active dans les pesticides. Un tel avis va à l’encontre des arguments en faveur du rejet de l’autorisation du glyphosate, et pourrait donc inciter la Commission et les États membres à laisser sur le marché cette substance, sur laquelle les effets néfastes sur l’environnement et les organismes vivants sont pourtant bien documentés.

Des réactions à l’annonce de l’ECHA

  • Pour Elisabeth Ruffinengo, responsable plaidoyer WECF France, “Il et tout à fait inquiétant de constater que le travail du CIRC, reconnu comme la référence scientifique en matière de classement des substances et produits cancérigènes n’est pas pris en considération par l’ECHA. Les experts internationaux et indépendants du CIRC ont mené une analyse de plus de 1000 études sur le glyphosate: pourquoi l’ECHA n’intégre-t-elle pas ces données dans son avis, pour mieux protéger la santé des populations face aux CMR comme le glyphosate?”.
  • Dans un communiqué, Genon Jensen, présidente de l’ONG Health and Environment Alliance déclare : “Nous espérons qu’à l’avenir la voix du CIRC sera reconnue. Mais entretemps, l’Europe aura très certainement donné son feu vert au glyphosate et une opportunité majeure de protection de la santé publique et de prévention des cancers aura été perdue“.
  • Franziska Achterberg, directrice politique alimentaire européenne pour Greenpeace, estime que: “L’ECHA ne ménage pas sa peine pour glisser sous le tapis les preuves de cancérogénicité du glyphosate. Les données existantes vont largement au-delà de ce qui est légalement nécessaire pour interdire le glyphosate dans l’UE, mais l’ECHA détourne le regard. Si l’UE veut prendre des décisions basées sur les données scientifiques, elle ne doit pas transformer les faits. Si elle ne le fait pas, les populations et l’environnement européens continueront à être les cobayes de l’industrie chimiques.”

Sources: