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Tribune : Santé et biodiversité, sous l’étendard du One Health Summit, la dangereuse inertie des pouvoirs publics

Tribune : Santé et biodiversité, sous l’étendard du One Health Summit, la dangereuse inertie des pouvoirs publics

À l’occasion du sommet « One Health » qui s’est tenu le 5 avril 2026 à Lyon, WECF contribue à la Déclaration de position de la société civile aux côtés de dizaines d’ONG pour dénoncer l’inertie des pouvoirs publics.

Livrable officiel du Sommet One Health, cette tribune est publiée dans le journal Libération, dimanche 5 avril 2026 :

Organisé à l’initiative du président de la République, dans le cadre de la présidence française du G7, le sommet One Health s’ouvre le 5 avril à Lyon. Son ambition est claire : reconnaître que la santé humaine dépend de celle des écosystèmes, et faire de cette approche «une boussole pour l’élaboration de nos politiques publiques».

Cette ambition louable se heurte à une réalité alarmante : en France comme en Europe, l’action publique contredit frontalement ces objectifs. Ces dernières années ont été marquées par des scandales sanitaires, le blocage de mesures favorisant une alimentation plus saine et des reculs environnementaux révélant les failles d’un Etat qui néglige son rôle de protecteur.

Ce rôle est pourtant inscrit au sommet de notre hiérarchie des normes. L’Etat a le devoir de protéger la santé publique. La charte de l’environnement de 2004, incluse dans la Constitution, souligne que «l’avenir et l’existence même de l’humanité sont indissociables de son milieu naturel» et affirme, là encore, le droit de chacun à vivre dans un environnement respectueux de la santé.

Or, l’écart entre ces obligations et les décisions prises est de plus en plus criant. D’un côté, les alertes s’accumulent : les maladies chroniques et les cancers explosent, nos milieux de vie sont contaminés par des substances chimiques toxiques, les événements climatiques extrêmes se multiplient. De l’autre, les décisions publiques convergent vers un même résultat : retarder, affaiblir ou détruire les mesures de protection et les agences publiques associées, telles que Santé publique France et l’Office français de la biodiversité.

Cette mécanique est d’abord liée à l’influence des intérêts économiques les plus puissants sur la décision politique. La loi Duplomb en est un cas d’école. Soutenue par les lobbys agro-industriels, promulguée en dépit des études scientifiques et malgré la mobilisation citoyenne inédite de l’été dernier, elle favorise des modèles insoutenables en accroissant la pression sur la ressource en eau et en levant les limites à l’extension des élevages intensifs.

Le même mépris de l’intérêt général transparaît à l’échelle de l’UE dans la série d’offensives visant à démanteler les normes sanitaires et environnementales, que le gouvernement français accompagne, voire encourage. Sous couvert de «simplification», les projets de lois «omnibus», portés par une coalition entre droite libérale, droite conservatrice et extrême droite, détricotent depuis 2024 des réglementations que les majorités précédentes ont mis des années à construire, comme celle sur le devoir de vigilance, qui rendait enfin redevables les multinationales et qui n’a même pas eu le temps de produire ses effets. L’Omnibus X actuellement porté par la Commission européenne en est une autre illustration : affaiblissant l’évaluation des pesticides, il fait primer les intérêts industriels de court terme sur la santé publique.

Mais cette responsabilité ne se limite pas à des arbitrages législatifs. Elle engage parfois aussi la transparence de l’Etat, comme dans l’affaire Nestlé Waters : informé dès 2021 de fraudes liées à la production d’eaux minérales et à leur contamination, l’exécutif a omis d’alerter les autorités compétentes. La commission d’enquête sénatoriale a conclu à une dissimulation de l’Etat et une enquête judiciaire est en cours. Un tel manquement alimente les soupçons de collusion entre l’exécutif et les grands groupes et fragilise la confiance dans nos institutions.

Au lieu de protéger la population et d’accélérer la transition agroécologique, seule à même de garantir stabilité et sécurité pour les décennies à venir, le gouvernement poursuit des politiques qui ne bénéficient qu’à une poignée d’acteurs économiques, au détriment de l’intérêt général. La stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (Snanc), dont la publication a été freinée par Matignon durant plus de deux ans, est un symptôme de ce statu quo. Alors que les scientifiques affirment qu’il est impératif pour la santé humaine et /ou celle des écosystèmes que nous réduisions notre consommation de viande, de poisson et de produits ultra-transformés, la Snanc ne fixe ni objectifs chiffrés ni cap assez ferme pour orienter cette transition alimentaire. Dans le même temps, les autorités ne proposent aucune réponse à la hauteur face aux contaminations de notre alimentation, que ce soit aux résidus de pesticides, aux Pfas ou à des métaux lourds comme le mercure ou le cadmium.

Nous en sommes arrivés à un tel degré de déni que lorsque des mesures de protection sont enfin proposées, elles sont combattues pied à pied dans l’arène politique.En février 2026, une loi visant à protéger les 1 100 captages d’eau potable les plus vulnérables aux pesticides a été mise à l’examen à l’Assemblée nationale : elle a aussitôt fait face à une obstruction en règle du Rassemblement national et de Les Républicains, tandis que le gouvernement s’activait pour la vider de sa substance. Ce refus de traiter le problème va à l’encontre des recommandations du Haut Commissariat à la stratégie et au Plan – et ce, dans un contexte où 14 300 captages sur 32 900 ont été fermés depuis 1980, dont un tiers en raison de la pollution aux pesticides et aux nitrates.

Ainsi se dessine une logique systémique : à Bruxelles comme à Paris, les coalitions entre la droite libérale, la droite conservatrice et l’extrême droite affaiblissent nos normes sous l’influence des lobbys et s’accommodent d’une inertie dangereuse face aux alertes des scientifiques.

À un an de la présidentielle, l’approche «Une seule santé» ne peut plus être un étendard diplomatique et, dans le même temps, un angle mort des politiques publiques. Les décideurs politiques doivent faire de cet objectif une ligne directrice contraignante, en fondant leurs décisions sur la science et en résistant aux pressions qui mettent à mal notre droit à un environnement sain. Faute de quoi, ils aggraveront leur lourde responsabilité dans les crises hélas parfaitement prédictibles que nous connaîtrons demain, fragilisant d’autant notre démocratie.

Premiers signataires :

Véronique Moreira, Présidente de WECF France ; Laure Ducos, Directrice des campagnes de Bloom ; Nadine Lauverjat, Déléguée générale de Générations Futures ; Karine Jacquemart, Directrice générale de Foodwatch France ; Jérémie Suissa, Délégué général de Notre affaire à tous Martin ; Rieussec-Fournier, Président Mutuelles pour la santé planétaire ; Morgane Créach, Directrice générale du Réseau action climat ; Martin Dermine, Directeur exécutif du Pesticide Action Network (PAN) Europe ; Olivier Chaloche et Loïc Madeline, Coprésidents de la Fédération nationale d’agriculture biologique (Fnab) ; Hans van Scharen, Chercheur chez Corporate Europe Observatory (CEO) ; Eric John, Président Fédération Terre de liens ; Bertrand Isidor, Généticien au CHU de Nantes ; Nathalie Mayance, Présidente chez Macif santé prévoyance ; Patrick Bertrand, Directeur d’Action santé mondiale ; Gérard Bapt, Médecin conseil de l’Association française des malades de la thyroïde ; Françoise Vernet, Présidente d’honneur de Terre et Humanisme ; Olivier Ledouble, Secrétaire général de la CGT environnement ; Julien Lucy, Directeur de Bio Consom’acteurs ; Lorana Vicent, Déléguée générale de Vrac France ; Mathieu Nollet, Président de l’Association végétarienne de France (AVF) ; Fleur Breteau, Porte-parole du collectif Cancer colère ; Laurence Veyne, co-directrice par intérim à Greenpeace France…

Retrouvez ici la liste complète des signataires.