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Sortie des énergies fossiles : Bilan et enseignements de la conférence de Santa Marta

Sortie des énergies fossiles : Bilan et enseignements de la conférence de Santa Marta

La première conférence « transition vers la sortie des énergies fossiles », qui s’est tenue à Santa Marta, en Colombie, a marqué une étape décisive pour l’action climatique, en réunissant les gouvernements et la société civile afin d’aborder ouvertement la dépendance aux énergies fossiles et de se concentrer sur des solutions concrètes. L’événement a été co-organisé par les gouvernements colombien et néerlandais du 27 au 29 avril. 

Les discussions ont porté sur trois thèmes : surmonter la dépendance économique, transformer l’offre et la demande, et faire progresser la coopération internationale. Des groupes de la société civile, notamment des peuples autochtones, des personnes afro-descendantes, des paysans, des pêcheurs, des groupes de femmes et de défense des questions de genre, des jeunes et des ONG, y ont participé activement. 

La WGC (Women and Gender Constituency – Constituante Femmes et Genre), forte de son expérience dans la mobilisation des défenseur·ses du climat féministes, des femmes dans toute leur diversité et des minorités de genre, a été invitée à coordonner le volet « Femmes et Diversités ». 

WECF a été invitée à se joindre à la coordination aux côtés de la WEDO (Women’s Environment and Development Organization – Organisation des femmes pour l’environnement et le développement). Notre rôle a porté sur la mobilisation, la logistique et le plaidoyer. Nous avons servi de lien entre le gouvernement colombien et les organisations de femmes et de diversité, en transmettant les informations pertinentes concernant la participation aux dialogues en ligne. Plus important encore, nous avons travaillé intensivement à l’obtention de résultats concrets, comme suit.

L’un des résultats les plus significatifs a été l’élaboration d’un document de position intitulé « Femmes et Diversités ». Ce n’était pas une mince affaire : condenser des décennies de lutte féministe collective et des centaines de contributions en un texte concis et accessible, susceptible de servir d’outil de mobilisation pendant et après la conférence, exige une écoute attentive, une négociation minutieuse et une clarté politique. Les revendications rassemblées dans ce document sont des revendications féministes de longue date pour lesquelles nous nous sommes battues dans de nombreux espaces et depuis de nombreuses années. Ce qui est nouveau, c’est de les avoir articulées ensemble dans un document conçu pour cet espace de transition spécifique. Ce positionnement est destiné à perdurer au-delà de Santa Marta ; il continuera d’être renforcé et affiné en vue de la deuxième conférence à Tuvalu, et nous espérons qu’il servira également d’inspiration pour les supports de plaidoyer dans les espaces de la CCNUCC (Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques). 

Les militantes féministes se sont présentées à cette conférence organisées, unifiées et avec une vision claire de nos revendications. Notre présence aux débats de haut niveau (High-Level Segment) n’était pas fortuite ; elle était au contraire le fruit de mois de préparation collective. Être présentes dans cette enceinte était important car cela nous a permis de faire passer un message clair : le seul résultat acceptable de cette conférence, et de celles qui suivront, est la discussion de mesures justes pour sortir des énergies fossiles. Et cela implique nécessairement la reconnaissance et la redistribution des activités dans le secteur des soins, une justice réparatrice et la démocratisation de l’énergie. Ce sont là des dimensions non négociables d’une transition juste, et le fait d’avoir une voix féministe dans une assemblée où se trouvaient des gouvernements tels que ceux de l’Allemagne, du Mexique, de l’Espagne, du Royaume-Uni, de la Suède, de l’Irlande et du Canada a permis de s’assurer qu’elles soient entendues au plus haut niveau. 

La Colombie et les Pays-Bas ont invité 57 pays à rejoindre une « coalition des volontaires », excluant les principaux émetteurs comme les États-Unis, la Chine, la Russie et l’Inde. Cela a limité l’impact mais a introduit un format innovant : un nombre égal de délégué·es pour chaque pays, aucun résultat imposé, et une participation de la société civile sur un pied d’égalité avec les gouvernements.  

Cependant, des lacunes majeures subsistent. Le positionnement féministe identifie le capitalisme, le colonialisme, le patriarcat et le militarisme comme les causes profondes de la crise climatique et les obstacles à une transition juste. Il appelle à une justice réparatrice, à des mécanismes de responsabilité pour le secteur privé, à la redistribution des activités dans le secteur des soins et à la démilitarisation, tout en désignant la « pétro-masculinité » comme une menace pour l’égalité de genre et de la démocratie. 

Si ces critiques structurelles sont largement absentes des conclusions des co-organisateurs, qui envisagent la transition principalement sous l’angle de l’efficacité économique, de la sécurité énergétique et des finances, les impacts concrets du plaidoyer féministe sont visibles dans le document grâce à l’inclusion des activités dans le secteur des soins. Il reste toutefois du travail à accomplir pour intégrer la justice réparatrice et la démilitarisation dans les futurs résultats. Un immense travail politique nous attend encore.  

La transition vers l’abandon des énergies fossiles est inévitable. Les féministes ont toujours insisté sur la question de savoir qui façonne cette transition, qui en bénéficie et qui est laissé pour compte. Santa Marta n’a pas résolu cette question. Mais elle a ouvert un espace où cette question pouvait être posée à haute voix, avec des voix féministes présentes pour exiger une réponse. 

Traduction française, article original de Valeria Peláez Cardona, responsable du programme « Genre et climat » à WECF International : The outcomes and lessons of the Transition Away from Fossil Fuels Conference in Santa Marta – WECF