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Les Objectifs de Développement Durable : 4 ans après, un premier bilan mitigé

Les Objectifs de Développement Durable :  4 ans après, un premier bilan mitigé Quatre ans après l’adoption des ODD, le monde entier dresse un premier bilan de leur mise en œuvre alors que la jeunesse se soulève dans tous les pays contre l’inaction climatique. À New York, les chef.f.es d’État se sont réuni.e.s à l’occasion du Sommet Mondial sur le Climat et du Sommet sur les ODD, en marge de la 74e Assemblée Générale des Nations Unies. C’est aussi à l’occasion de ce 4e anniversaire que la Ministre de la transition écologique et solidaire, Madame Elisabeth Borne, a présenté vendredi la feuille de route Agenda 2030 de la France.

Un constat accablant soulignant le manque de volonté politique  

Aucun pays n’est sur la bonne trajectoire pour atteindre les Objectifs de Développement Durable d’ici 2030 et dans certains domaines, ils avancent même à reculons. C’est le constat accablant de la première évaluation quadriennale de la mise en œuvre de l’Agenda 2030. Ce rapport, commandité par les 193 États membres de l’ONU, a été rédigé par un groupe de scientifiques indépendants venant des quatre coins du monde. Il met en évidence le besoin essentiel de transformer en profondeur nos sociétés et nos comportements dans les domaines de l’alimentation, l’énergie, la consommation, la production et le développement urbain afin d’inverser la tendance.

Selon ces experts, « la croissance économique par la seule augmentation de la consommation de biens matériels n’est plus une option viable au niveau mondial » [1]. Nous devons repenser drastiquement notre modèle de développement. Les auteurs soulignent qu’une volonté et un engagement politiques forts sont indispensables pour opérer les transformations nécessaires, et que les interventions dans les pays développés doivent être différentes de celles des pays en développement. Le message de leur « appel à l’action » est clair : il ne faut surtout pas baisser les bras. Les experts identifient ainsi vingt interventions susceptibles d’accélérer la réalisation des ODD et de changer la donne. En conclusion, le rapport somme les pays du monde entier de mettre la science au cœur du développement durable et les chercheurs d’accroître leur soutien à une recherche guidée par l’Agenda 2030. En effet, c’est seulement grâce à une approche interdisciplinaire qu’on trouvera des solutions aux problèmes de développement durable.

En France, de nombreux efforts restent à faire

Au niveau national, le bilan est tout juste plus positif. Classée 4e au rang mondial par le rapport du réseau de solutions pour le Développement Durable des Nations Unies (SDNS) pour la mise en œuvre des ODD, la France n’est estimée qu’en « position moyenne au sein de l’UE » par l’INSEE dans son étude intitulée La France et les objectifs de développement durable publiée en juin 2019.

Il faut dire que la France obtient ses meilleurs résultats sur l’ODD1 « pas de pauvreté » car même si elle se classe dernière en Europe de l’Ouest pour son PIB par habitant, sa politique de redistribution lui permet de mieux contenir la pauvreté monétaire et de rectifier certaines inégalités. Les résultats pour l’ODD3 « bonne santé » sont aussi positifs, la France ayant l’espérance de vie la plus élevée d’Europe de l’Ouest et du Nord. La performance globale pour l’ODD4 « éducation de qualité » est aussi plutôt bonne avec un niveau d’éducation au-dessus de la moyenne de l’UE mais des inégalités scolaires toujours très présentes.

Le rapport note cependant que la France « génère d’importantes externalités négatives en matière d’environnement et de sécurité », du fait de ses activités commerciales et de ses exportations d’armes vers des zones de conflit, qui compromettent la capacité d’autres pays à atteindre les ODD. Par ailleurs, la France, comme les autres pays de l’OCDE continue de  “négliger une partie de [sa] population et peine à atteindre les cibles relatives à l’égalité femmes-hommes et à la réduction des inégalités“.

Ces rapports insistent notamment sur les efforts supplémentaires à faire d’ici 2030 pour atteindre l’ensemble des 169 cibles de l’Agenda 2030.

ODD et climat : même combat

La politique climatique est une problématique transversale qui s’inscrit au cœur de l’Agenda 2030. Pourtant, là aussi, la France peine à atteindre ses objectifs de réduction de gaz à effet de serre (GES) fixés dans le cadre de l’Accord de Paris et de la stratégie nationale bas carbone (SNBC). Comme le note le rapport du Haut Conseil au Climat (HCC) publié en juin dernier, les engagements de réduction des émissions de GES qui ont été pris jusqu’à maintenant sont insuffisants pour contenir le réchauffement climatique à 1,5 ou 2°C.

Si sa consommation énergétique baisse, la proportion d’énergies renouvelables reste bien en deçà de la moyenne européenne, selon l’INSEE. La France se distingue en effet par le poids important du nucléaire dans les énergies consommées. Cette dépendance au nucléaire permet certes à la France d’avoir des résultats plus positifs que ces voisins européens en matière d’émissions de GES mais ne la pousse pas à accélérer sa transition vers les énergies renouvelables. Ainsi, le 1er budget carbone couvrant la période 2015-2018 a été dépassé et la réduction des émissions de GES s’avère beaucoup trop lente par rapport au rythme nécessaire pour atteindre les objectifs.

Le projet de SNBC2 vise la neutralité carbone d’ici 2050. Cet objectif est réalisable, selon le HCC, et serait en phase avec le niveau de réduction d’émissions nécessaire pour limiter le réchauffement global à 1,5°C mais la France devra redoubler d’efforts pour pouvoir espérer l’atteindre. Cela implique des efforts politiques et des investissements conséquents dans les infrastructures et les équipements, notamment pour les transports (premier secteur émetteur de GES en France), mais surtout une transformation profonde de la société.

                Les experts du Haut Conseil rappellent également l’importance de prendre en compte les inégalités sociales : pour être efficace et durable, la transition écologique doit être juste et perçue comme telle. Et pour l’instant, un rapport de quatre ONG (Réseau Action Climat, OXFAM, ATD Quart Monde, Secours Catholique-Caritas France) démontre que bien que les classes les plus pauvres polluent le moins, ce sont elles qui paient le plus proportionnellement à leurs revenus.

La feuille de route Agenda 2030 de la France

Dans ce contexte de bilan, la France a dévoilé sa feuille de route Agenda 2030 après deux ans de concertation avec différents acteurs du développement durable, notamment les ONG, entreprises, collectivités territoriales, syndicats et chercheurs. Elle a été rendue publique par la Ministre de la Transition Ecologique et Solidaire, Elisabeth Borne, lors d’un évènement célébrant l’anniversaire des ODD le 20 septembre. Cette feuille de route élève l’Agenda 2030 au rang de référentiel de base du développement durable en France et engage l’ensemble des acteurs. Elle contient six enjeux clés pour atteindre les Objectifs de Développement Durable :

  1. Agir pour une transition juste, en luttant contre les discriminations et les inégalités ;
  2. Transformer les modèles de sociétés par la sobriété carbone et l’économie des ressources naturelles ;
  3. S’appuyer sur l’éducation et la formation tout au long de la vie, pour permettre une évolution des comportements ;
  4. Agir pour a santé et le bien-être de toutes et tous, notamment via une alimentation et agriculture saines et durables ;
  5. Rendre effective la participation citoyenne à l’atteinte des ODD et concrétiser la transformation des pratiques à travers l’expérimentation et l’innovation territoriale ;
  6. Œuvrer au plan européen et international en faveur de la transformation durable des sociétés.

Elle se décline ensuite en « ambitions nationales », en priorités et en propositions avec pour chaque thème un rappel des engagements pris par le gouvernement.

On regrette cependant le manque d’ambition et l’absence de nouveaux engagements dans cette feuille de route. En effet, au-delà du cap fixé par les six enjeux, la feuille de route reprend surtout les lois passées (comme la Stratégie Nationale Bas Carbone ou le Plan National Santé Environnement 3) et celles en cours d’adoption, comme la loi anti-gaspillage. Certains engagements pris ne contiennent pas d’actions concrètes ni d’objectifs chiffrés précis. Par exemple, l’engagement « Œuvrer pour une réforme de la PAC 2021-2027 qui porte une ambition environnementale » de l’enjeu 4 n’est pas accompagné d’une explication détaillée des dispositions prises par le gouvernement pour le réaliser.

Cette stratégie Agenda 2030, mise en valeur par le gouvernement comme une dynamique de passage à l’action pour l’atteinte des ODD, semble manquer cruellement de dynamisme. On sait aujourd’hui qu’en suivant la tendance actuelle, la France n’atteindra pas les 17 Objectifs d’ici 2030. Pourtant, la feuille de route n’apporte pas d’éléments nouveaux qui permettraient de rectifier cette trajectoire. Malgré tout, on espère que son adoption permettra à l’Agenda 2030 d’être porté aux plus hautes sphères du gouvernement et mis en œuvre par tous les acteurs de la société française.


[1] Rapport mondial sur le développement durable 2019, Communiqué de presse, <https://sustainabledevelopment.un.org/content/documents/24806Com_de_presse_francais.pdf>